« Ailleurs est ce rêve proche » écrivait la poétesse tunisienne Amina Saïd. Un ailleurs au cœur de l’exploration plastique et esthétique que mène Caroline Trucco à travers une œuvre protéiforme, où s’entrecroisent photographie, sculpture, installation, vidéo et écriture. Imprégnée de la poétique de la relation, l’artiste nourrit ses réflexions sur l’exotisme, l’exil, la déterritorialisation et l’errance, de ses lectures d’Edouard Glissant et Victor Segalen. Entre réel et fantasme, ses nombreux voyages en Afrique de l’Ouest sont l’occasion de projeter des migrations personnelles dans une tentative de mise en exil d’elle-même. L’artiste cultive ainsi une posture exotique d’errance pour écrire une géopoétique : une géographie transitionnelle, imaginaire, fantastique. En ce sens, l’exposition dessine les contours d’Un chapelet d’îles noires accroché à l’horizon, métaphore d’une géographie torturée qui dit la violence de l’Histoire et de l’actualité à l’image de l’œuvre Bons baisers de Vintimille. L’exposition fonctionne comme un archipel où les lieux et les terres, se relaient, s’opposent et se mêlent, tel un jeu de dominos conçu pour enjamber mentalement les frontières. Au gré de son parcours, le visiteur est invité à traverser les sillons creusés de l’Île de la déception, à embrasser Pangeea ou toutes les terres, mais aussi à prendre en main le monde pour mieux l’appréhender.

Outre la géographie, la connaissance du monde et de l’Autre passe également par les objets. Soigneusement collectés au fil des expéditions coloniales pour répertorier, inventorier le monde et les hommes, les objets tiennent une place importante dans les installations de l’artiste, qui rejoue de façon critique le musée ethnographique. La récurrence de l’objet dans son travail témoigne d’un intérêt soutenu pour l’artisanat, le savoir-faire et la rigueur technique. Les sculptures et fétiches de la collection de Nathalie Miltat, qui habitent Appartement, sont l’occasion d’une sensible interaction entre l’ici et l’ailleurs, le réel et le fantasme pour penser l’être au monde. L’objet agit alors comme une aire transitionnelle où se rencontrent des intimités, des mémoires et des lieux.

Avec cette exposition, Caroline Trucco invite le visiteur à un décentrement de la pensée et de l’imaginaire pour embrasser la diversité du monde et tenter de toucher du doigt « ce rêve proche ».

 

Sonia Recasens,

dans le cadre de l'exposition Un chapelet d’îles noires accroché à l’horizon, à APPARTEMENT, Paris.

 

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